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journal de recherches

Roger der Teufel,

Tags : deutsch, photo, zizek

Es ist dieses eine von denen unbeständigen Künsten, welche aus Schatten und Rauchbestehen, denn es geschahe dieses mahlen nur vernittelst der Camera obscuræ

Analecta Historico-Litterario-Curiosa, Funcke, 1721

C’est d’une de ces pratiques instables, faites d’ombres et de fumées, que s’agit l’observation d’une image par le biais de la Camera obscuræ

Trouver cette phrase était trouver un morceau de clef pour les recherches d’un ami ; le moment qui précède sa découverte est donc une chute dans une grande angoisse.

J’allais accéder à la page d’une numérisation d’un livre paru en 1721, sachant sachant qu’à cette page se trouvait une image-clef dont le contexte d’apparition était mystérieux, sachant ne pas savoir si la révélation du contexte n’allait pas infirmer toute l’hypothèse posée…

Not Bacon Not Bacon

Transcription d’un morceau d’une conférence de Slavoj Zizek, https://www.youtube.com/watch?v=_x0eyNkNpL0

Speaker :
Bienvenue à tous. Nous sommes très honorés d’avoir avec nous aujourd’hui un sociologue, philosophe, et penseur critique, Slavoj Zizek. Slavoj est directeur de recherche à l’Institut de Sociologie de l’Université de Lubljana en Slovénie, et professeur à l’European Graduate School. Il a été professeur dans bien d’autres universités, dont celles de Chicago, Columbia, et Princeton. Il est actuellement le directeur international de l’institut Birbeck des Humanités au Birkbeck College de l’Université de Londres. Il vient nous voir aujourd’hui pour discuter de son livre récent “Violence”, un livre qui nous invite à approfondir le sujet de la violence. Regarder au-delà des manifestations éphémères de la violence, du coup de feu et de l’explosion, du choc du métal contre le métal, des taches de sang, pour plutôt discuter de la violence systémique, de la violence inhérente à la manière dont notre mode de vie est régi. Et dans un sens, si notre époque est une époque d’exploration technologique et biologique, c’est aussi l’âge de l’exploration philosophique. Je sais que beaucoup d’entre nous à Google y sont familiarisés. Et pour citer Slavoj lui-même, avec une citation que j’ai bien sûr trouvé sur Internet, “l’âge de la philosophie est d’une certaine manière, le fait que nous sommes confrontés de plus en plus souvent à des problèmes philosophiques dans notre vie quotidienne. Ce n’est pas tant que vous vous retiriez d’une routine de vie vers un monde de contemplation philosophique, au contraire, vous ne pouvez pas trouver votre chemin dans la vie quotidienne elle-même sans répondre à certaines questions philosophiques. C’est un moment unique où tout le monde est obligé d’être une sorte de philosophe”. Alors, profitons de cette occasion pour la philosophie de tous les jours et accueillons Slavoj Zizek.

Zizek :
Merci beaucoup, je suis vraiment heureux d’être ici. Savez-vous pourquoi ? Je me permettrai de commencer par un souvenir assez marrant qui m’est revenu à l’esprit. Vous savez, ma jeunesse communiste, cette scène, d’être ici face à vous, me la rappelle. Et le communisme quand j’étais jeune, vous ne deviez pas seulement travailler dans des usines en Slovénie, mais aussi assister à des heures d’enseignement idéologique, exactement comme maintenant donc. Au moment du déjeuner, les travailleurs doivent assister à des discussions fades et ennuyeuses, qui ruinent votre repas. Par exemple, au sujet de l’excellent résultat de notre aboutissement du socialisme, etc… Et ainsi de suite. On est exactement dans ce genre de moment, donc désolé d’avoir ruiné votre repas de midi. Alors, à l’inverse du type, très sympa, qui m’a présenté, je vous demanderai, s’il vous plaît, de ne pas me laisser vous terroriser. Si votre esprit flotte du côté de votre ordinateur, retournez-y, s’il vous plaît. Je ne m’en porterai que mieux. Je réfléchissais à ce que je devais prévoir pour cette conférence. Bien sûr, je ne veux pas vous lire le résumé de mon livre. Je suis incapable de cette arrogance. Je connais des gars, des poètes, etc, qui se considèrent comme des figures classiques de la littérature. Vous savez, ils ouvrent leur propre livre, lisent un paragraphe et disent: “Examinons maintenant ce que le penseur voulait dire. Maintenant, l’attitude dialectique nécessaire à aborder ce livre est à l’opposé du sujet du livre. Ne pas se concentrer sur la violence, mais sur ce à quoi la violence réagit, sur la texture quotidienne de nos vies, l’idéologie dans laquelle nous baignons. Maintenant, votre réaction primaire devrait être : “Mais ne vivons-nous pas dans une époque post-idéologique ?” Bon, je suis un vieux marxiste, comme le type de mecs qui sont morts en 1990, qui croyaient encore aux grandes causes, etc.

Je vais essayer de vous convaincre que l’idéologie n’est évidemment pas à prendre dans le sens d’une grande vision du monde qui s’imposerait à la société, mais dans le sens d’un tissu compliqué d’éthique, de politique, de social, de préjugés, qui même si nous y sommes alertes, déterminent toujours la façon dont nous fonctionnons. C’est toujours quelque chose d’idéologique qui régit notre vie. Qu’est-ce qu’est l’idéologie ? Peut-être que certains d’entre vous le savent, mais je ne peux pas m’empêcher de vous raconter cette histoire, car elle est parfaite pour introduire ce sujet. Vous vous souvenez, de cette dramatique interview de Donald Rumsfeld il y a environ cinq ans, juste avant la guerre du Golfe, quand il voulait expliquer à quel point Saddam Hussein était dangereux ? Il a utilisé sa célèbre analogie au sujet des choses que nous savions savoir, les connus connus. Nous savions donc que Saddam était le big boss de l’Irak. Puis il continua : il y a aussi des inconnus connus, des choses que nous savons ne pas savoir. Comme, par exemple, je sais qu’il y a des voitures en face de ce bâtiment, mais je ne sais pas combien ils y en a. Mais je sais que je ne le sais pas. De cette manière, si nous ne savions pas de combien d’armes Saddam disposait, ni où est-ce qu’elles étaient planquées, nous savions ne pas le savoir. Puis il continua : il y a encore des inconnus inconnus, au sens où nous ne savons même pas que nous ne savons pas. Là, sa paranoïa gonflait : Et si il existait des armes secrètes en Irak, dont nous ne connaissions ni la nature, ni la position, radicalement plus inconnues ? C’est un inconnu inconnu. Maintenant, si vous avez un peu de goût pour l’analyse structurelle, vous verrez immédiatement que quelque chose manque ici, un quatrième terme. Nous avons le connu connu, l’inconnu connu, et les inconnus inconnus. Nous savons, nous savons ne pas savoir, et nous ne savons même pas si nous devrions savoir. C’est la catégorie la plus intéressante qui manque ici : le connu inconnu, ce que nous ne savons pas savoir, c’est l’inconscient idéologique. Il forme les préjugés silencieux, qui déterminent notre manière d’agir, de réagir, et ce que nous sommes. En quelque sorte, nous évoluons dans un tissu idéologique tellement complexe et diffus que nous ne savons même pas que ces comportements découlent de cet ensemble de connus qu’est l’idéologie. C’est cela même qui précipita le discours de Rumsfeld, ce connu inconnu.